19th Jan 2008

Evenements merdiques dans le bus

Dưới đây là truyện ngắn của em Username. Đúng hơn là một truyện có thật, được tường thuật với joli langage, plein d’humour và theo ý kiến riêng là rất có tính văn học và tính giáo dục .

Thế nào đó mình thấy phảng phất tinh thần Gorki, Anatole France và Dave Barry . Các événements merdiques của em Username luôn có cái sourire gentil, đọc dễ thương và buồn cười, cái sourire còn lại kể cả trong les plus merdiques événements .

Evenements merdiques dans le bus

I

J’aime bien prendre le bus chaque jour (pour moi, c’est le seul moyen de transport, a part la marche). Pendant une duree de vingt ou trente minutes selon les jours, je me detends, agreablement, contemplant les scenes de vie d’une curiosite enfantine, toujours renouvellee chaque jour, comme si je venais d’ailleurs, d’un autre monde. Je regarde les pietons qui trainent, les passagers de bus qui montent et qui descendent. Naturellement, en tant que garcon, je vise plutot les filles. Je les admire de loin, je les caresse de regards, je suis leurs silhouettes des yeux, j’ecoute leurs conversations a la derobee, je mele la realite et mes fantasmes comme tout garcon aurait fait a ma place. Et parfois il m’arrive des rencontres. Non, pas celle-la avec T. que vous connaissez tous, qui s’est mal passee mais qui a eu un denouement heureux en fin de compte. Il y en a d’autres, encore plus merdiques, et qui ne connaissent pas de denouement heureux.

C’etait il y a presqu’un an, le premier jour du nouvel an vietnamien. Ordinairement je prenais le bus de bonne heure car j’avais cours d’espagnol tres tot le matin. Comme la nuit precedente j’avais assiste a une celebration organisee par les etudiants vietnamiens (a vrai dire, ce sont des americains d’origine vietnamienne, dont la plupart ne peuvent meme pas parler vietnamien), je me leve tard et prends le bus vers 10h. A deux ou trois arrets apres le mien, deux filles montent dans le bus et s’installent derriere moi. Je peux remarquer qu’elles sont asiatiques d’apparence et l’une d’entre elles est tres jolie. Pourtant je ne fais pas attention a leur conversation, en partie parce que je ne suis pas entierement sorti de l’etat somnolent, et parce qu’elles parlent dans une langue que je ne peux pas reconnaitre.

A un moment, il me semble que j’entends quelque chose de comprehensible ! Je les ecoute attentivement mais c’est toujours cette langue obscure, inintelligible. Elles font beaucoup de sons “gutturaux” (c’est-a-dire avec la gorge, ce son qui est le kh vietnamien, le ch allemand, le j espagnol, et qui existe meme en anglais si on prononce “Loch Ness” de facon correcte). Cette langue mysterieuse n’est surement pas l’allemand ou le neerlandais, langues qui utilisent beaucoup de sons gutturaux a ma connaissance. Puis a nouveau une phrase entiere en vietnamien ! Je me tourne vers elles, leur demandant d’ou sont elles et quelle est cette langue mysterieuse…

II.

On se met a parler en vietnamien et, a mon plaisir et ma surprise, elles ont l’accent du nord, chose assez rare parce que cette terre est pullulee de gens venus du sud, mais enfin ce n’est pas tres surprenant vu qu’elles ne sont pas d’ici. L’enigme est enfin resolu : elles viennent de Pologne, pays anciennement communiste (ce qui est coherent avec le fait qu’elles aient l’accent du nord), dont je ne connais rien sur la culture et la langue slave. Elles parlent vietnamien aussi bien que moi. Lorsque je leur demande pourquoi elles choisissent de parler en polonais, elles disent qu’elles sont plus a l’aise avec le polonais parce que leur vocabulaire vietnamien est tres limite, et qu’elles ont fait toute leur education la-bas, ecole secondaire et lycee. Elles viennent ici faire leurs etudes a Santa Monica College (SMC), un community college connu dans la region, qui est situe a mi-chemin du trajet de bus de chez moi a mon universite. (Un community college, c’est comme une universite mais qui ne dure que 2 ans, apres quoi on peut transferer a d’autres universite de 4 ans. Beaucoup de gens, en particulier les etudiants etrangers, optent pour un community college pour commencer avec car ca coute moins cher que les grandes universites).

Mon instinct me dicte de conduire la conversation envers la plus jolie, que jusque-la je peux regarder de pres. Elle a un visage tres joli, pas genre mannequin ou super-modele mais qui me plait, et qui jouit d’une innocence manifeste, d’une jeunesse que j’avais autrefois. Je ne me souviens plus de ce qu’on s’echange, quelques sujets banals, de la pluie et du beau temps. Je crois que la conversation est quand-meme captivante, car a un moment elles se rendent compte qu’elles ont deja loupe l’arret de SMC. Elles se levent, pretes a descendre a l’arret prochain. Je leur dis, d’un ton naturel, avec toutefois certaines arriere-pensees :

– Est-ce que je peux avoir vos numeros pour qu’on puisse garder contact ?

Ce a quoi je ne recois en reponse qu’un silence enigmatique. “Dommage qu’elles soient jolies, mais qu’elles soient sourdes” je pense. Je reproduis la meme phrase, a haute voix :

– Est-ce que je peux avoir vos numeros pour qu’on puisse garder contact ?

Toujours le meme silence absolu qui regne, mais qui est plus dechiffrable cette fois-ci. Je comprends a peu pres que quelque chose ne va pas, mais j’essaie une derniere fois, d’un ton saccade et peu sur de moi :

– Est-ce que je peux avoir vos numeros pour qu’on puisse garder contact ?

Encore quelques secondes de silence et je vois en elle (celle que je vise, certes) de l’hesitation, de l’irresolution, de l’incertitude. Puis elle me dit :

– Je n’appelle jamais moi-meme et je ne connais pas mon numero.

Ce fut un des moments les plus embarassants de ma vie ! Je me trouve dans une situation merdique, comparable a la mesaventure avec T. ou je me suis fait rejeter. C’est a mon tour de rester muet, longuement. Pendant que je cherche de quoi dire, la porte s’ouvre et elles descendent. Je les vois disparaitre, bouche bee, le regard ahuri.

Je croyais avoir connu l’experience la plus embarassante du monde jusqu’a hier, quand quelque chose est arrive a mon colocataire et ami intime. Il avait fait connaissance de cette fille qui travaillait dans un magasin, et ils s’etaient dit qu’il reviendrait pour continuer la conversation enflammee. Il a reve toute la semaine et hier soir, lorsqu’il est venu au magasin, la fille ne l’a pas reconnu !!! Je ne peux meme pas imaginer ce que j’aurais fait a sa place. Je connais d’autres amis qui ont vecu des deboires similaires, mais il fait mieux que je me taise a ce sujet :). La psychologie des filles, creatures exquises, est a jamais un mystere pour moi, qui ne connais que la logique mathematique et rigoureuse. Ce qui n’est forcement pas le
cas pour quelques-uns de mes amis qui sont qualifies de seducteurs et manipulateurs.

III.

Si la probabilite que quelque chose se produise est faible, cela ne veut pas pour autant dire qu’il ne se produit jamais. J’ai presque oublie cet incident peu desirable, pourtant si indelebile. Deux ou trois mois plus tard, pour une raison ou pour une autre, je me leve tard encore, sechant involontairement le cours d’ espagnol. Je prends le bus a 10h, et a la meme heure et au meme arret, je la vois monter dans le bus (la plus jolie, si vous voulez que je precise), toute seule. A sa vue, un sentiment etrange s’empare de moi, une perplexite intense melangee d’une sorte de jubilation. Lorsqu’elle se leve la tete, elle me voit aussi, nos regards se croisent et on se voit dans les yeux un leger malaise mutuel, bien cache mais perceptible. Je suis le premier a rompre la glace en lui faisant une salutation amicale accompagnee d’un sourire gene. Elle choisit de me reconnaitre, s’approche et s’assoit aupres de moi.

On parle encore de la pluie et du beau temps, des etudes, du Vietnam, sans toutefois faire aucune reference a la derniere rencontre. La conversation entre en orbite et a un moment elle me demande de lui passer ce que je suis entrain de lire, un article sur la theorie ergodique. Je ne me sens plus gene, mais je me rends compte qu’on a tres peu de choses en commun. Je ne sens pas en elle une compatriote, je ne vois pas de la comprehension. Imaginons qu’on soit deracine de sons pays (si on le considere encore le sien) a dix ou onze ans, et qu’on ne revienne au pays qu’occasionnellement en touriste, que saurait-on encore du pays ? Six ans plus jeune que moi, elle ne comprend pas ce que je fais. Bref, rien ne “click”, on n’est pas sur la meme longueur d’onde.

Le bus s’approche de SMC et je sais ce qui va se passer. Elle est prete a se lever, alors que je fais face a un dilemme. D’une part, je veux encore lui demander son numero. L’idee d’une aventure s’est deja affaiblie mais c’est toujours bien d’avoir une amie de plus, d’autant plus aux environs de chez moi (a savoir a deux ou trois arrets de bus pres). D’autre part, il y a quelque chose de tres puissant en moi qui me retient. Ce qu’on appelle l’amour-propre. Il medit de la fille, il me rappelle le degout, l’embarras, la deception que j’ai du ressentir lors de la derniere fois, il me dit de rester cynique, il me rend immune a toute tentation. A cet age il m’arrive a peine de venerer et idolatrer quelqu’un d’autre que moi. La personne que j’aime le plus au monde, c’est moi. Et je ne veux pas que cette personne bien-aimee soit blessee.

Le bus s’arrete, je lui dis au-revoir et la vois descendre, pour la derniere fois. Je ne l’ai jamais plus revue depuis.

Hoang

3 Responses to “Evenements merdiques dans le bus”

  1. hoaianh Says:

    Nhu vay tieng Phap co the bo het dau di doc van hieu nhu thuong (giong tieng Viet cua minh hihi).

  2. Hoàng Tử Mèo Says:

    Chuyen co that ma lai bao la truyen ngan, bo tay bo chan :D. Dang con vai cai nua, khi nao roi moi tuong thuat lai duoc.

  3. Nhị Linh Says:

    Hihi, un francais limpide, n’empeche que quelques tournures bizarres et trop faciles existent: je ne comprends par ailleurs pas trop pourquoi les termes comme “deboire” ou “manipulateur”, mais du moment ou l’auteur designe les filles par “creatures exquises”, je l’aime bien :))

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